écrivains en bord de mer 2010
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Le texte de Guénaël Boutouilletsur Les EffondrésRemue.net26 mai 2010
http://remue.net/spip.php?article3675
Mathieu Larnaudie, né à Blois en 1977, est un écrivain français.Après des études de lettres et de philosophie, il publie un premier roman en 2002. Depuis 2004, il co-dirige la revue et les éditions Inculte. Il a également fondé aux éditions Burozoïque une collection consacrée au thème de l'utopie et intitulée « Le Répertoire des îles».
Il collabore depuis 2003 avec le compositeur Pierre-Yves Macé : chanson pop (sous le nom d'Anita Drankhsal), lecture / performance (Hong Kong Police Terroriste Organisation) et composition radiophonique (Krinein et la Stratégie). Macé a d'ailleurs réalisé une adaptation musicale du roman de Larnaudie Pôle de résidence momentanée.Il est l’auteur de : Habitations simultanées, éditions Farrago/Léo Scheer, 2002, Pôle de Résidence momentanée, éditions Les petits matins, 2007, Strangulation, éditions Gallimard, 2008, La Constituante piratesque, collection "Le Répertoire des îles", éditions Burozoïque, 2009, Les Effondrés, éditions Actes Sud, 2010Il a participé aux ouvrages collectifs suivants : Devenirs du roman, éditions Inculte/Naïve, 2006, Le Sport par les gestes, éditions Calmann-Lévy, 2007, Une Chic fille, collectif Inculte, éditions Naïve, 2008, Face à Pynchon, monographie, Lot 49/Inculte, éditions Le Cherche-Midi, 2008, Face à Bernard Lamarche-Vadel, monographie (dir.), éditions Inculte, 2009, Propositions pour une littérature inculte, in NRF, numéro spécial Centenaire, Gallimard, 2009



PRESSE

L'Humanité du 6 mai 2010
La phrase sans fin de la crise, discours pour une débâcleLe deuxième roman de Mathieu Larnaudie s’immerge dans le monde de ceux qui croyaient l’histoire finie et ont vu s’effondrer leur univers. Acteurs, témoins et victimes des subprimes font leur entrée en littérature
Les Effondrés, de Mathieu Larnaudie.
Éditions Actes Sud, 182 pages, 18 euros.
Ils étaient les triomphateurs, ils sont les effondrés. Depuis des décennies, ils avaient « accompli et pour ainsi dire refermé l’Histoire », étaient devenus les garants du seul ordre qui vaille, paré des attributs de la réalité. Et « soudain, tout s’est effondré ». Nous sommes à l’automne 2008, au plus fort de la crise dite des subprimes, remise en cause, en fait, d’un ordre qui ne tenait que par la vertu d’un acte de foi au marché, à l’éternité des bénéfices. C’est la chute de cette construction tout aussi idéologique que l’ennemi défait en 1991, plus encore, parce qu’elle se présente comme l’énoncé d’une loi, qui est le sujet des Effondrés. Des romans sur septembre 2008, il y en a ; peu, mais la littérature française, que l’on dit narcissique et peu portée sur le réel social, en produira. Gageons pourtant que l’entreprise de Mathieu Larnaudie, d’aller au cœur de ce qui s’effondre, discours, croyances, représentations, n’aura pas beaucoup d’imitateurs. Son propos n’est pas de déconstruire le discours de la confiance boursière, ni le suivi de trajectoires individuelles saisies dans la crise.
Ni essai, ni psychologie, le roman pourrait se définir d’abord par ce qu’il se refuse à être. Chacun des vingt-quatre courts chapitres est le lieu d’où naît une longue phrase, dont la pulsation, au rythme des points-virgules, accompagne les réflexions générales comme les états personnels des « effondrés » de cette fin de première décennie du troisième millénaire. Pas de truc, de procédé, de gadget : cette phrase unique épouse dans la clarté le déroulement de la pensée, le mouvement de l’œil, le rythme de la parole, se soumet à l’avancée naturelle des quelques pages qui forment un chapitre. Nous allons, de fait, d’une section à l’autre. D’une ouverture en forme de méditation sur les deux décennies d’après « la chute de ce que l’on avait désigné sous le nom de bloc communiste », à des blocs de destinée de ce peuple de vainqueurs victimes de leur victoire même.
Les voilà au moment où tout vacille : idées, pouvoir, argent. Certains, très exposés, sont aisément reconnaissables : chefs d’État, maestros de Wall Street, escrocs de génie, banquiers prédateurs malins ou faillis pour l’exemple, « gendarmes boursiers » impuissants, gouvernants dépassés. Mais il y a aussi « l’exemplarité des laissés-pour-compte », traders jetés sur le pavé, petits propriétaires endettés à la rue, d’Amérique, de Burj Dubaï ou du Bund de Shanghai. Les uns comme les autres déboussolés, sans vision, sans mots. À ceux-là, mais aussi aux lecteurs qui comme eux peinent à simplement nommer ce qui se passe, le flux et le reflux du phrasé de Mathieu Larnaudie vont proposer une forme. La phrase est là, qui accompagne, porte, désigne, propose une continuité, construit un ordre, une forme. C’est là le rôle de la littérature. Mathieu Larnaudie s’en acquitte avec la rigueur et la sensibilité qu’avait démontrées son premier roman. Les Effondrés font mieux que confirmer une promesse. Une œuvre est en train de s’écrire.
Alain Nicolas
Mathieu Larnaudie


Claro sur Les Effondrés :http://towardgrace.blogspot.com/search/label/Larnaudie
 
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